Dialogue ( 1ère partie )

Dialogue ( 1ère partie )
Connais-tu cette histoire ? Des marins débarquent dans une île déserte. Ils y découvrent un très vieil homme : « Que faites-vous ici ? – J'ai tout quitté pour oublier. – Pour oublier quoi ? – J'ai oublié ». Je pense qu'on l'interprète très mal : pour l'auditeur moyen, c'est censé être drôle. Mais au contraire, dans cette dernière réponse, on aperçoit toute la dignité du vieil homme qui a réussi à atteindre son but au prix de terribles efforts. La voix est grave, le visage auguste. Après des années de solitude, il est détaché du monde et peut juger comme insignifiantes les misérables préoccupations quotidiennes : lui a tout sacrifié et a obtenu le prix de son sacrifice. On peut même retrouver toute une connotation religieuse dans cette idée du sacrifice et de la récompense : les Testaments abondent de ces exemples. Le sacrifice flatte le nez du Séraphin. Encore mieux : lui se sacrifie lui-même, sans mourir. Plutôt que les martyrs, nous avons ici les sacrifices humains des Gaulois ou des Mayas : on sacrifie son frère humain, c'est-à-dire son propre sang, pour le plaisir des dieux, qui approuvent et remercient. Bien entendu, ce n'est pas inhérent au polythéisme, vu que l'on retrouve les « sacrifices » d'hérétiques et d'infidèles par le bûcher ou l'épée chez la Très Sainte Eglise Catholique, Apostolique et Romaine. Comme quoi, l'évolution de la notion de religion n'empêche pas le maintien des techniques ancestrales, même si elles sont en lutte constante. Tu ne vois pas de quoi je veux parler ? D'accord, écoute attentivement : tu es d'accord pour dire que l'on voit une évolution de la représentation du divin dans l'histoire. En effet, l'on passe d'abord des religions animistes, où l'on adore les objets extérieurs visibles – feu, pluie, animaux, etc. – à des religions où l'on passe au concept métaphysique des dieux, que l'on ne voit pas. Il reste cependant des traces de l'ancien animisme : les dieux sont mi-animaux – mi-naturels aurait-on envie de dire – mi-humains – c'est le cas de l'Egypte antique, avec Thot, dieu à tête d'ibis, Horus à tête de faucon... Petit à petit, l'animisme disparaît, bien que le polythéisme persiste : les dieux sont maintenant anthropomorphes. Nous sommes en Grèce : Zeus, Athéna, Hadès, Déméter, Poséidon, Héra règnent. Et là, nous basculons dans le monothéisme : judaïsme, islamisme, christianisme. Dieu – avec une majuscule – est Un et Tout : il est paré de tous les attributs – ou presque – et domine tout et tous. Evidemment, il ne s'arrête pas là : on voit apparaître des formes différentes de Dieu. Tantôt la Trinité, tantôt Dieu est la nature – panthéisme –, tantôt Dieu comme premier moteur uniquement, et j'en passe. Sommes-nous aujourd'hui passés à un nouveau stade où Dieu n'est plus et où seule reste la spiritualité ? Ou au contraire sommes-nous arrivés à la fin de cette évolution de la religion, à la fin de la religion ?

A suivre

# Gepost op maandag 31 augustus 2009, 09u13

Mondes inconnus

Mondes inconnus
Nous effleurions la fin d'un siècle, page morte,
Qui prétendait encor briller pour étonner
L'éternité, tandis que son ½il s'éteignait
Déjà et que rampaient les vautours en cohorte
Pour dépecer sa chair et son manteau semé
De perles enrougies et de vers déversés.

Je me trouvais alors dans un port où la lie
Du trop vieux continent, par ses enfants sali,
Côtoyait, encapée, les plus grands gentilshommes,
Serviteurs des maisons royales dominant
Les cours découronnées et les pays brûlants.
Quand, entre deux duels, ils sortaient de leur somme,
Ce port, pavé de mers, leur offrait le spectacle
Le plus incongru, ou réduit à part congrue,
Que l'on puisse trouver sur cette côte aride,
Hantée par les chevaux et les sombres dahus :
Après les tavernes aux grises grilles vides,
Les fontaines remplies d'eau-de-vie ou pourrie
Et les pontons à cris, grimpaient, volaient, pleuraient
Les escaliers masqués, s'entrecroisant guettés
En gaieté, embêtés de cacher leurs vils ris.
Loin des balustrades, en haut du large port,
S'était dressé, étrange, un penseur cabinet
De curiosités, où abondaient, hors du sort,
Des squelettes tordus, des animaux empaillés,
Un savant au regard exorbité, tournant.
Chez lui, je découvrais d'alambiqués sextants,
Des instruments abstrus, des rouages enrayés,
Et désébouriffées, les cartes du voyage.

Tremblez donc, habitants des lointaines contrées !
Guidés par notre faim et les mythes sans âge,
Nous atteindrons bientôt vos îles réputées.

L'équipage est vite trouvé : nobles désargentés,
Soldats âpres au gain, marins d'expérience,
Savants indélicats, prêtres d'ambivalence,
Et votre serviteur, le regard délayé,
Comme capitaine. Le navire a pour nom :
Chasseur de chimères, c'est un bon triple-mats
Aux soixante gueules de bronze aimant le don
Des fiers enfants de fer qu'elles ont dans l'estomac.
Dépassant ses voiles gonflées par les nuages
Claque, gifle, rugit un drapeau crucifié
Argenté découpé de tigres sans visages.

L'ancre a été levée : nous voguons sur l'orée
De la neuvième mer, planant bien au-dessus
Des gouffres amollis, des sous-pics ténébreux.
De jour en jour, les nefs sortent de notre vue.
Bientôt nous serons seuls, hors de mues et de v½ux.

Les étoiles levées, les djinns se sont couchés :
La nuit est retombée. Et, graves, nous pensons :
Et ces cieux d'ébène, et cette mer de jais,
Et ces faibles astres, et ce nom de Charon,
Et cette eau muette, et cela, tout cela
Suscite en nous, hommes altérés d'absolu,
Un frisson, vertige métaphysique, élu.
Un soir, laconique, le vent nous murmura :
« Aller vers nulle part... ». Nous ne comprîmes pas
La suite, perdue dans une plainte lugubre,
Egarée dans le sort, éclipsée au nord d'Ubre.

Aux armes ! Que sonne le tocsin ! Voyez là
La galère berbère équipée en Afrique,
Embusquée près de l'or venant des Amériques,
Remplie de rugissants dogues aux yatagans
Acérés, dépiécés, couverts de soie d'Orient.
Ils foncent droit sur nous : que les canons vomissent
Leur feu céleste et acre, obéissants qui tissent
La toile d'Arachné pour mordre l'ennemi.
Allons-nous réussir à l'envoyer, sans vie,
Par le fond ? Hélas non ! Car voici l'abordage !
Terrifiante vision que ces beys moustachus
Aux turbans colorés, le pistolet en rage,
Bondissant sur le pont, repoussant les vaincus.
Le combat prend ses droits : les terrassés abondent,
Et le sang humide fait glisser les rapières.
Certains, touchés d'estoc, s'annihilent dans l'onde,
D'autres, blessés par balle, étonnés, sont de pierre,
Ce, pour l'éternité. Retentissent les cris,
De branche ou de soudard, de guerre ou d'agonie.
Les duels sont touchés d'estafilades lourdes,
Les soldats désertés par l'eau de leurs gourdes,
Et les corps recouverts par la fumée des larmes.
Enfin se tait le choc et des corps et des armes :
Nous sommes victorieux ! Repoussons à l'abîme
Les enfants du combat, puis, bien haut dans les cimes,
Elevons une croix pour leurs âmes perdues.

Après avoir pillé et sabordé la nef,
Nous continuâmes, longeant la mer déchue,
Nous repérant aux rocs évanescents, sans chef.

Mais voici une autre flottille, une armada
Aux voiles déchirées et aux coques alguées.
Qu'est ceci ? Epaves remontant des nuées,
Quittant les abysses lorsque sonne le glas ?
C'est lui ! Le fantôme ! Le Hollandais volant !
Dirigé par les morts ne pouvant reposer
En paix, il arpente les eaux pour les vivants.
Il nous emportera, à moitié trépassés,
Vers l'autre domaine, dans les limons boueux
Les sables enhardis et les forêts fangeuses,
Où nous y rejoindrons les pauvres malheureux
Et les déshérités, les éperdues, les gueuses,
Tous les amants du noir Lucifer, rejetés
Par Dieu ! Et les anges nous maudiront sans fin !
Fuyons tant qu'il est temps ! On ne peut affronter
Les revenants d'outre-monde, nouveaux Caïns.
On ne peut résister à leurs sabres rouillés,
A leur poudre mouillée ou à leur éperon
Tâché de crucifix de sang badigeonnés.
Adieu, adieu, monde cruel et bien trop bon !
Ils arrivent ! Je sens qu'ils arrivent ! Plus rien...

Nous avons réussi à échapper aux morts !
Ils s'évaporèrent dans le brouillard du sort...
Que le rhum se verse ! Que coule à flot le vin !

La vigie annonce l'archipel du trésor !
Les chaloupes mises à la mer, débarquons
Sur ce sable si clair qui semble un cheveu blond
Parfumé d'une odeur reconnaissable : l'or !
Entrons dans la mangrove insondable et sauvage
Et prenons de force ce que nous désirons.

J'ai perdu des amis, des compagnons, des sages
Sous les coups d'habitants résidant sans raison
Dans ces îles perdues. Mais nous touchons au but !
Tapissant la grotte des illusions, perdue
Bien loin des farouches et misérables huttes,
Les coffres s'étendent sans vergogne, honte bue.
Le soleil lui-même n'a pas de si jolis
Reflets. Et les diamants plus apurés que l'eau.
Baignons-nous dans l'argent, source jamais tarie !

Nous sommes décimés par un ultime assaut
De ces indigènes ! Je suis le seul debout
Et je ne rejoindrai pas le bateau et l'onde.
Mais j'en emporterai avec moi dans la tombe !
Atterré, je gis seul. Mais que le vent est doux...

# Gepost op zaterdag 11 juli 2009, 06u17

Divine décadence Décadence divine

Divine décadence Décadence divine
Au fond, Zeus se vautrait avec quelques déesses
Et d'autres mortelles dans un lit argenté
Recouvert de velours d'hermine, d'or filé.
Sur le trône divin, Hermès voyait maîtresses
Et maître, ensanglantés au travers d'un rubis
Aux reflets d'océan, dilué de lumière.

A gauche, Héphaïstos, Arès, dieu de la guerre
Aux yeux caediles, à l'épée enhardie,
Et l'angélique Eros s'enivraient de vin né
D'ambroisie, olympien nectar verdi, musqué :
Ils buvaient dans de grands cratères d'électrum
Sertis d'améthystes, bordés de noire écume.

A droite se baignaient dans le sang déversé
Par les incessantes guerres des immortels,
Nues et innocentes, de mensonges parées,
Comme un serpent d'Eden ayant perdu ses ailes,
Aphrodite, vertu pour tous sauf son mari,
Héra au si fécond ventre, jalouse, aigrie,
Et Artémis, lunes des nouveaux paradoxes.

Athéna, fausse pure et chef des orthodoxes,
Inhalait la fumée des humains sacrifiés
Qu'on avait immolés pour son plus grand plaisir
Et ses yeux s'injectaient, fluide vital versé
D'Athènes à Platées, de Babylone à Tyr.

# Gepost op donderdag 09 juli 2009, 04u43

Ecriture automatique et mouvement perpétuel

Ecriture automatique et mouvement perpétuel
Les églises sont redevenues vides : l'esprit-saint a déserté le champ d'honneur et s'est fait fusiller pour lâcheté. Dieu est mort, à bas Dieu ! Ces colonnes élevées à sa gloire, ces statues d'anges aux ailes bleuies de sang, ces nefs aux murs sans fin arrondissant l'horizon, qu'elles disparaissent ! L'éternité a perdu, l'univers redevient fini. La partie d'échecs de la religion contre elle-même ou contre les autres, comme l'on veut, a été perdue : et cheik et mat. Les tours perdues dans les sables amers sont renversées, les pions innombrables, zélés et fervents disciples, sous le coup du cilice, meurent, les ardents chevaliers peuvent se reposer et pleurer des larmes d'émeraude, sel statufié. L'Arabie a échoué : l'Occident se relève, pour son plus grand malheur, ou notre plus grand bonheur. Et le bonheur se concentre dans le ciel bleu maculé de bave : ne le voyez-vous pas, sphère étincelante aux mille bras ? Ô Amon, celui qui est et celui qui n'est pas, nous t'exhumons des antiques pyramides pour t'adorer ! Sors de ton sarcophage doré pour te montrer sous la forme d'une statue aux yeux vides et aux doigts enstèlés. Tes hiéroglyphes abscons deviennent notre langue originelle, nous qui nous revendiquons comme les héritiers des premiers empires ! Nous asservirons les nouveaux fellahs et leur ferons dresser une nouvelle pyramide pour toi, que nous nommerons : Baal-Bel. Et, descendants des Phéniciens aux barbes noires, nos bateaux arpenteront les mers pour arborer ta tête de bélier sur les rivages inconnus. Les rivages inconnus, les mondes étranges aux forêts de mangroves impénétrables, aux arbres squelettiques défiant la pesanteur. Pesanteur à laquelle nous échapperons uniquement dans le vide intégral de l'espace : à nous froideurs implacables, dépressurisations exténuantes ! La lune ne demande que notre main pour être sculptée à la gloire de l'humanité... Ou à notre gloire ! Que notre profil se dresse fièrement sur la reine-mère des marées, et que chacun se prosterne, sans voix. Car la voix, le langage se perd et se recrée, et il ne tient qu'à nous de le marquer à jamais ! La nouvelle langue s'appellera : « shyramesna » car tel est notre bon plaisir. Mais le plaisir, qu'est-ce sinon la basse satisfaction de l'exultation du corps ? Et haïr le corps est aristocratique. Car la populace l'aime trop pour que, en s'en différenciant, on ne s'en éloigne pas. Et ces foules insentimentales se rassemblent, obscurcissant l'horizon et le sol, pour couper la tête de leurs semblables invraisemblables : c'est la Terreur. La Terreur qui donna son sens au mot terreur. Car nous perdons les nuances linguistiques. Mais dans d'autres domaines, faut-il nuancer, tergiverser, hésiter ? Où sont donc ces géniaux déments qui vivaient leurs opinions jusqu'au bout ? Où est la dictature de la vertu de Robespierre ? Des têtes, de têtes, des têtes ! Le flot de sang noiera la France, mais la République sera sauvée ! La Convention coulera, mais le Comité de Salut Public résistera ! Et les purs d'entre les purs seront là : seront-ils des milliers ou un seul ? Qu'importe ? répondra l'Incorruptible. La Montagne s'élève toujours, et rejoint l'Etre suprême au plus bas point des cieux, dans l'abîme interminable où se sont égarés tous nos dieux. Et le dernier en date, c'est le Dieu chrétien. Et, comptabilisé disparu, certains espèrent encore, mais beaucoup le considèrent mort. Et en conséquence : les églises sont redevenues vides...
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# Gepost op donderdag 09 juli 2009, 04u17

Gelt regiert die Welt!

Gelt regiert die Welt!
Douce pluie de billets verts et violets avides
Pour nos fragiles mains et nos yeux bleus acides.
Et nous palpons, broyons, remuons, agitons
Ces signes d'une vie de lumières et de sons,
D'une vie plus grande, plus belle, et plus riche !
Mille mercis à toi, Dieu de l'humanité,
Qui jamais ne nous ment, ne nous laisse ou ne triche,
Et qui nous aide encore en Enfer dévoyé,
Car même là-dessous, tout s'achète et se paie.

Toi, aux orageuses divinités pareil,
Resplendissant, brillant, blanc comme le soleil,
Offrant aux c½urs sombres les délices des baies
Et la poussière d'or des plages isolées,
Tu as bien exigé de nous des sacrifices :
Nous avons déserté le monde et ses beaux vices
Pour errer dans les mers irisées et nacrées
Mais hélas bien noires de solitude aisée,
Nous nous sommes astreints à ta règle de bronze,
Ascètes irréels, archanges et archbonzes.

Mais ce ne fut pas vain ! Nous sommes bien payés
De nos pauvres tourments : nous possédons la gloire,
Le pouvoir, le bonheur et avons pour miroirs
Les royaumes, les lois, les cieux, les pourpres tiares
Que nous achetâmes. Très loin des boulevards
Heurtés par le peuple, nous habitons Babel
Sans avoir à craindre le Dieu jaloux d'hier,
Vaincu par le nôtre, changé en veau qui bêle
Par le Maître de tous, du muet Univers.
Il nous arrive même, illustres inconnus,
De pouvoir diriger les émanations
De notre grand Seigneur, les demi-dieux élus :
Les lords Dollar, Euro, Deutschmark, Ecu, Doublon...

Et miséricordieux, nous apprenons aux autres
La prière de Dieu, loin du bâton d'épeautre,
De la mendicité, des trop anciennes guerres :

Ô Argent, prends pitié de ma longue misère !
Nous, race de l'homme d'argent, au ciel montons
Et sur la vieille terre acre jetons le Dieu
Qui nous a tous trompé, pour une religion
De tous temps, celle du subtil métal précieux !

# Gepost op vrijdag 05 juni 2009, 09u44